Abrégé

-1818-1843 : Propriété de Pierre Dumas, marchand de Québec, puis de sa veuve.

-1844-1858 : Propriété des frères Jean-Baptiste et Honoré Roy, aubergistes.

-1858-1864 : Diverses transactions immobiliaires à la suite de la saisie de la maison pour défaut de paiement.

-1864-1891 : Propriété de Basile-Adolphe Routhier, auteur des paroles de l'hymne national des canadiens-français, le «O Canada»

-1891-1932 : Propriété de Thomas Ward, hôtelier, qui baptise l'établissement «Kamouraska Hotel».

-1932-1974: Propriété du couple Joseph et Marie Langlais qui tiennent une pension de famille qu'ils désignent sous le nom de «Villa Saint-Louis».

-1974-1979: Divers propriétaires.

-Depuis 1979 : Propriété de Martine et Jacques Genest qui mènent à terme un vaste programme de remise en état de la maison.

-2003 : Les Genest rendent à la Villa Saint-Louis sa vocation de lieu touristique en accueillant des hôtes de passage.


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Pour les amateurs de petite histoire

- Le 9 septembre 1818, Pierre Dumas, marchand de Québec, achète de Pierre Saint-Jorre, dit Sergerie un terrain d'un arpent borné au chemin royal. La superficie de la propriété n'a pas varié depuis.

- Presque un an plus tard, soit le 8 juillet 1819, Pierre Dumas et les maîtres charpentiers Benoni Martin et Jean-Baptiste Martin sont réunis chez le notaire Jean-Baptiste Taché pour conclure le contrat de construction d'une « maison de quarante-cinq-pieds de longueur sur trente de large élevée sur un solage en pierre de vingt-six à vingt-huit pouces d'épaisseur et de quatre pieds hors de terre crépis en dedans et les joints parfaitement bien tiré ou enduit avec de bon mortier en dehor d'une manière propre....» Les amateurs d'architecture ancienne en trouveront le libellé savouveux en cliquant «1818» dans la page d'accueil.

- Pierre Dumas ne verra jamais la maison qu'il s'était fait construire à Kamouraska. Il meurt dans les mois qui suivent et c'est sa veuve qui confie, l'année suivante, à Me Taché, le soin de prendre possession de la maison et d'en constater la parfaite réalisation dans les termes qui suivent:

«Mon cher procureur

Je vous prie de ma faire le plaisir de recevoir la Maison suivant le marcher que vous avez passé vous m'obligerais voyent la saison si dur je ne peut décendre et vous prie de faire a tencions au crépit et aux serruress des portes s'ils sont bien posais Aussi le hangar et la remisse le planché du grenier si c'est parfaitement finis apres votre visite vous me ferais le plaisir de faire fermé les portes et les contrevents de gardé la clé an atendant la bonne fortune je me flatte que vous ne me refuserais pas le plaisir que je vous demande annatendant le plaisir de vous revoir.»

M. Dumas

- Les années passent...la veuve Dumas née Magdelaine Amiote s'est remariée avec un dénommé Vincent Boucher...son deuxième mari meurt à son tour. En 1843, elle prend la décision de vendre la maison dont prennent possession les frères Jean-Baptiste et Honoré Roy, AUBERGISTES...

- Les nouveaux propriétaires sont ambitieux. Ils entreprennent un vaste programme d'agrandissement de la maison, l'allongeant de vingt-cinq pieds. Ils arasent le comble à l'anglaise et font construire un étage à mansarde où ils font aménager quatorze chambres...une lucarne par chambre. Pas de salle d'eau, évidemment! Vers 1850, la maison a donc l'allure qu'on lui voit maintenant.

- Les frères Roy ont-ils été trop ambitieux? Ils n'arrivent pas à payer leur créancier, la Société de construction de Kamouraska, laquelle, faute de paiement fait saisir les biens d'Honoré Roy par le shérif de Québec!

- Le 6 décembre 1864, à la suite de quelques transactions, la propriété passe entre les mains de Basile-Adolphe Routhier, jeune avocat de 25 ans...et écrivain à ses heures.

Il en demeurera propriétaire pendant 27 ans, soit deux ans après sa nomination comme juge de la Cour Supérieure de Québec.

- À l'été de 1880, la Société Saint-Jean-Baptiste prépare fébrilement la «Grande convention nationale des Canadiens-Français» du 24 juin à Québec. Pour l'occasion, on souhaite doter le peuple canadien-français d'un hymne national propre, le Canada n'ayant alors pas d'autre hymne national que celui de Grande-Bretagne, le «God Save the King». Adolphe-Basile Routhier écrit un poème héroïque de quatre strophes que Calixa Lavallée met en musique. L'exécution de notre chant national au banquet de la Saint-Jean de 1880 soulève l'enthousiasme général! On ne possède pas d'indication permettant de préciser en quel lieu Routhier a écrit son poème. On peut cependant croire que la majesté du site de Kamouraska où il passait sans doute une partie de l'été aura pu inspirer le début de la deuxième strophe: «Sous l'oeil de Dieu, près du fleuve géant, le canadien grandit en espérant...»

- Le 18 décembre 1891, Thomas Ward, charretier, acquiert la propriété de l'Honorable Basile-Adolphe Routhier pour la somme de «mille-neuf-cents piastres» Le 1er mai 1892, le jeune charretier de 29 ans, fils d'un immigré irlandais qui exploitait déjà un modeste hôtel à une courte distance à l'ouest et marié depuis trois ans à Célina Francoeur peut désormais se nommer hôtelier. Il désigne son établissement «Kamouraska Hotel» et il l'exploitera jusqu'à sa mort survenue le 1er novembre 1904. Il laisse cinq enfants dont l'ainée a quinze ans et le cadet cinq ans.

- De 1904 à 1932, la propriété demeure entre les mains de la veuve de Thomas Ward. Pendant combien de temps a-t-elle continué à tenir hôtel? Nous n'en savons rien, mais lors de la vente survenue en 1932, elle ne résidait plus à Kamouraska mais à Warwick où vivait sa fille Blanche, madame Wilfrid Laroche.

- Le 15 octobre 1932, Joseph Langlais, cultivateur du village de Kamouraska, devient propriétaire de la maison. Joseph a une petite voix haut perchée...un jour un mauvais drôle l'a appelé «le Père Catin»!; le surnom lui est resté et Marie, sa femme, après sa mort, sera désignée «la veuve Catin». L'inflation n'a pas été forte depuis l'achat de la maison par Thomas Ward...Langlais la paie deux mille piastres...ce prix incluant tout le mobilier!

- Depuis 1932 la maison porte le nom de «Villa Saint-Louis». C'est le nom que le couple Langlais donne à la pension de famille qu'ils exploitent chaque été jusqu'après la guerre 39-45. Joseph meurt en 1966 à l'âge de 86 ans. Marie rétrécit, année après année, l'espace qu'elle occupe dans la grande maison. L'hiver, elle se «gabionne au su», c'est-à-dire qu'elle demeure dans la partie sud de la maison, au rez-de-chaussée, où elle a fait installer une baignoire sous l'escalier menant à l'étage. Kamouraska aussi s'est rétréci...Il n'est plus le lieu de villégiature fameux que décrivait Arthur Buis. La «Villa Saint-Louis» va-t-elle sombrer dans l'oubli? L'achat de la propriété le 17 septembre 1971 par un entrepreneur de pompes funèbres qui y installe, pendant quelques mois, un salon funéraire, est plutôt de mauvais augure!

- La «Villa Saint-Louis» n'a pas dit son dernier mot. Un jeune médecin s'en porte acquéreur en 1974 puis, au mois de mai 1979, Martine et Jacques ont le coup de foudre pour la vieille demeure endormie et endolorie. Depuis plus de vingt ans, ils l'ont soignée, rajeunie, conservée avec le respect dû aux choses qui ont beaucoup vécu et qui ont tant à nous apprendre.


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